Travail

Nomades digitaux : quelques conseils et réflexions

Voilà deux ans maintenant que je travaille en ligne, que je suis libre géographiquement, que je parcours l’Asie et l’Europe avec mon ordinateur, que je travaille en tongs et en short du bord d’une piscine, de ma cuisine ou d’un aéroport en me moquant des décalages horaires. Mais la vie de nomade digital n’est pas sans contraintes.

L’occasion pour moi de vous dévoiler les problèmes que j’ai pu rencontrer et les réflexions que j’ai menées et qui pourraient qui sait servir à d’autres.

 

Les nomades digitaux ont besoin de vacances

Ce qui est génial lorsque l’on est nomade digital, c’est que l’on n’a pas besoin de poser une semaine de vacances pour partir au bout du monde. Libre à vous d’aller là où vous voulez et quand vous le souhaitez.

Mais cette liberté m’a récemment posé un problème lorsque je suis retourné en France quelques semaines pour revoir ma famille et mes amis. Si dans la tête d’un nomade digital la différence entre vacances et voyage est souvent claire, elle ne l’est pas dans l’esprit de ses proches. Durant ce dernier séjour, les journées furent rudes et mon travail bâclé, entre mes amis qui se proposaient de m’accueillir et m’avouaient à mon arrivée qu’ils n’avaient pas Internet, ceux qui, persuadés que j’étais en vacances, ont posé des RTT pour m’emmener faire la fête jusqu’à 5h du matin, ou ceux qui, au chômage, ne comprenaient pas que je ne veuille pas passer tous mes après-midi au parc, partant du principe que si eux peuvent glander sur Facebook quatre heures sous un arbre, je devrais pouvoir en faire autant. Après tout dans l’esprit de beaucoup, c’est ça le travail d’un nomade digital, se balader sur les réseaux sociaux au bord d’une plage.

Un conseil donc si vous voulez rentrer au pays pour faire la fête et voir vos amis, prenez de vraies vacances et arrêtez de travailler un instant. Si vous restez longtemps sur place, pourquoi ne pas envisager de partager votre séjour en deux ? Une partie de vacances et une partie de boulot avec apéro entre copains le soir.

 

Ne travaillez pas pour le pays dans lequel vous séjournez

En fait, cette règle ne s’applique pas si vous êtes semi-nomade et que vous restez une grande partie de l’année dans le même pays dans lequel vous avez basé votre activité d’un point de vue administratif.

J’ai pris pour principe de ne pas accepter de contrat pour des clients basés dans le pays dans lequel je réside temporairement, et cela pour deux raisons.

  1. Tout d’abord, d’un point de vue légal, aucun pays ne prend en compte les nouveaux modes de travail tels que le nomadisme digital. Il n’existe aucun pays (à ma connaissance) qui fournisse de visa spécifique pour ce type de travailleurs. En voyageant en tant que touriste tout en gérant ses affaires à distance, il est très facile de faire valoir le fait que l’on a emmené du travail avec soi pour ses vacances (les officiers en charge de l’immigration font rarement la différence entre voyage et vacances). En revanche si vous restez 5 mois à Buenos Aires et en profitez pour refaire le site de votre client argentin que vous rencontrez physiquement tous les jours, il sera plus compliqué de faire valoir le fait que vous ne travaillez pas en Argentine, que votre entreprise est basée ailleurs et que vous ne faites que passer. J’ai pour ma part reçu plusieurs demandes de personnes basées en Thaïlande alors que j’étais dans ce pays. Je les ai toujours refusées. J’ai en réalité attendu d’être au Laos pour travailler pour un client qui avait un partenaire thaïlandais. Les autorités thaïlandaises ne pouvaient alors plus me reprocher de travailler en Thaïlande puisque j’avais quitté le territoire.

 

  1. L’autre raison pour laquelle il ne vaut mieux pas à mon sens travailler avec des clients locaux est le risque de perdre sa liberté géographique. Il est certes enrichissant et plaisant de travailler avec des personnes physiques rencontrées dans des espaces de coworking ou à des réunions d’expats, mais n’oubliez pas que le propre du nomade, c’est d’être libre de changer de pays sur un coup de tête. Si vous avez l’habitude de rencontrer physiquement certains clients de manière régulière, cela pourrait vous freiner dans vos décisions de voyages ou mettre en danger vos collaborations.

 

Ne négligez pas les temps de transport

Combien de fois ai-je planifié lors de longs trajets en avion ou d’escales de 12 heures dans des aéroports miteux de travailler de manière acharnée afin de mieux « optimiser mon temps ». La réalité est souvent très différente : le wifi du bus ou de la zone de transit ne fonctionne pas, j’oublie mon chargeur dans mon bagage en soute, j’ai une soudaine envie après un deuxième verre de vin de regarder ce super film qui passe dans l’avion ou les turbulences font sauter mon ordinateur si fort que je ne parviens pas à écrire la moindre phrase. Même si sur le principe, travailler dans les transports peut paraître super cool et que cela vous fait gagner du temps, ne misez pas trop dessus. Gardez pour ces moments des tâches non urgentes et qui ne demandent pas une trop grande concentration, comme par exemple encoder votre comptabilité, planifier votre emploi du temps de la semaine ou encore répondre à vos emails (si vous avez une connexion).

Après un long vol, laissez vous aussi le temps de récupérer. Certes, beaucoup de nomades digitaux n’ont pas d’horaires et se fichent du décalage horaire, mais prenez le temps de vous adapter petit à petit à votre nouvel environnement, de visiter votre nouvelle ville et de prendre vos repères. L’idéal est en fait d’éviter les périodes de rush dans votre travail pour planifier vos transports, mais aussi de limiter les longs trajets et les courts séjours dans une destination lointaine. Un nomade digital ne voyage pas au même rythme qu’un touriste en vacances. Il a le temps et il le prend.

 

Les nomades digitaux ne sont pas nécessairement des professionnels du voyage

J’ai remarqué que l’image que beaucoup avaient du nomade digital était celle du blogueur de voyage, c’est à dire du baroudeur qui écrit des articles sur les destinations qu’il visite, les hôtels qu’il fréquente, les restaurants dans lesquels il mange et se fait financer par des offices du tourisme ou des publicités pour des compagnies aériennes. Être payé pour voyager est tout à fait possible. Certains l’ont fait. Mais ils sont très peu nombreux. La concurrence est donc très rude et les places très chères.

En réalité, lors de mes voyages ou en fréquentant les espaces de coworking, j’ai rencontré beaucoup de nomades digitaux de longue durée, mais aucun n’était blogueur de voyage. Certains sont développeurs, graphistes, concepteurs de dessins animés, interprètes, coachs, écrivains, traders, mais aucun n’avait basé son activité sur ses voyages. Être nomade digital ne signifie pas forcément « vivre de ses voyages », mais plutôt « avoir une activité qui n’empêche pas les voyages ». Alors, explorez de nouvelles passions, apprenez à coder ou formez-vous à un métier qui peut se pratiquer en ligne, mais arrêtez de croire que votre blog sur votre tour du monde va vous rendre riche.

Une autre thématique qui revient souvent est celle du nomadisme digital lui-même. Oui, il est possible de travailler sur la question des nomades digitaux, mais tous les nomades digitaux ne peuvent pas devenir coachs pour nomades digitaux, tout comme tous les aspirants entrepreneurs ne peuvent pas être coachs pour entrepreneurs. Un secteur ne peut pas se développer en vase clos. Cela n’empêche pas néanmoins de produire du contenu sur la question du nomadisme digital ou le voyage et de le relier à son activité. Sur la blogosphère francophone, il existe plusieurs sites très bien documentés et apportant des réflexions intéressantes sur la question du nomadisme digital, tels que Travelplugin ou encore le projet Kalagan. Je doute que la publicité postée sur ces blogs soit la principale source de revenus de ces nomades, mais ils sont un outil intéressant pour développer leur notoriété et leur « personal branding » et pour présenter leur travail.

 

Voilà, ce n’était que quelques petits conseils que je retire de mon humble expérience comme nomade digital. Bien sûr, nous avons tous des manières différentes d’appréhender le nomadisme et j’adorerais lire vos conseils en commentaire.

(7 commentaires)

  1. Super article et tellement vrai !
    Plus particulièrement le point sur les vacances :
    Actuellement, en Croatie, notre propriétaire (location Airbnb) nous a fait un long topo sur tout ce qu’il y a faire et à voir sur Split et ses environs, les îles à découvrir, les plages …Pourtant nous expliquons bien que nous travaillons en priorité …: ) Pour elle en étant 1 mois sur place nous pourrons tout faire oui mais ..Nous profitons de notre environnement mais à notre rythme et jamais au détriment du boulot. Nous ne sommes pas des touristes 🙂

    Christine

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    1. Merci Christine.

      Oui je trouve qu’il faut arriver à trouver un équilibre et à pouvoir être touriste de temps en temps. On a trop tendance à lutter contre notre image de touriste pour ne pas perdre de vue notre boulot. Mais si on voyage, c’est quand même pour découvrir le monde :).

      Bonne journée

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  2. Salut Adrien,

    Très bon article (que je découvre sur le tard !). On sent le vécu 😉 C’est vrai, c’est important de prendre son temps quand on voyage. Lorsque j’atterris dans un nouveau pays, j’essaie en général de consacrer la première semaine à des vacances, histoire de prendre mes marques.

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